Ptilou
2021-12-13 05:20:42 UTC
Slt,
J’ai trouvé intéressant d’avoir quelqu’un qui partage mon analyse, qui n’ai pas aussi precise ...
L’euro, monnaie fondante, ne protège plus ni le consommateur ni l’épargnant
Son pouvoir d’achat a perdu 73 % depuis 1999 sur l’immobilier à Paris.
Le Figaro13 Dec 2021PAR jean-pierre ROBIN
Finis les ponts et les fenêtres anonymes, à l’avenir les billets en euros représenteront des personnages illustres et des monuments prestigieux du patrimoine européen. Du moins est-ce la proposition que vient de faire Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, soucieuse «de rendre les billets plus parlants » (sic).
Le choix ne sera pas facile tant l’europe regorge de musiciens, de peintres, d’écrivains et de savants de génie. Un nom devrait pourtant émerger en priorité, celui d’aristote. Non pas que le philosophe grec (384-322 avant J.-C.) soit supérieur aux autres grands esprits de l’occident. Mais il est prédestiné à figurer sur des billets de banque pour avoir été le premier au monde à expliciter les trois fonctions de la monnaie, laquelle sert à la fois d’unité de compte, d’intermédiaire dans les échanges et de réserve de valeur.
La BCE serait bien avisée d’inscrire sur ses coupures, et en grec ancien, l’une des citations d’aristote «économiste» : «La monnaie a été introduite pour jouer le rôle de mesure » (Éthique à Nicomaque). Les billets verts du dollar américain ne sont-ils pas truffés d’expressions latines, de Virgile notamment ? Il s’agirait en l’occurrence de revenir aux fondamentaux du traité de Maastricht qui a défini la mission originelle de la BCE avec ces simples mots : «La stabilité des prix», formule répétée ad nauseam et censée assurer la solidité de l’euro. Or on est aujourd’hui loin du compte tellement celui-ci est devenu une monnaie fondante comme du chocolat et ce sont les Européens, consommateurs ou épargnants, qui sont chocolat.
Il est facile de calculer précisément la perte de valeur de l’euro depuis son introduction au 1er janvier 1999. La dégringolade est telle que les trois fonctions décrites par Aristote il y a 2 350 ans, plus que jamais pertinentes, ne sont plus assumées. Les trois données suivantes le montrent à l’envi.
Décrochage par rapport au dollar américain tout d’abord. Depuis que les devises nationales ne sont plus rattachées à l’or ou à l’argent, le billet vert fait office de référence. À sa création, il y a près de vingttrois ans, l’euro cotait 1,18 dollar. Il n’en vaut aujourd’hui plus que 1,13. La parité des deux monnaies les plus importantes de la planète est particulièrement instable et, depuis dix ans, on assiste à une dépréciation quasi ininterrompue de l’euro, qui valait 1,42 dollar à l’arrivée de Mario Draghi à la présidence de la BCE en 2011. Conséquence mécanique de la politique monétaire «hyperlaxiste» menée depuis une décennie, la dévaluation de 20 % de l’euro renchérit d’autant le coût du pétrole en France notamment : les prix des carburants seraient aujourd’hui 10 % à 15 % moins élevés si l’euro avait maintenu sa parité de l’automne 2011.
Perte de valeur
En second lieu, la perte de valeur se mesure à travers la capacité de l’euro à acheter des biens et des services. Les prix à la consommation ont augmenté en moyenne de 34,5 % depuis 1999 dans l’hexagone. Cette dérive, peu ou prou la même dans toute la zone euro, n’est certes pas dramatique : la BCE respecte son contrat initial de « stabilité des prix», définie officiellement comme «un taux d’inflation de 2 % par an à moyen terme». D’autant que parallèlement les revenus salariaux ou autres ont évolué grosso modo au même rythme. Il y a pourtant un hic et même deux : tous les revenus ne sont pas indexés sur l’inflation et les indices de prix à la consommation ne prennent pas suffisamment en compte les loyers. Le poste logement ne pèse que 6 % dans les indices européens contre 25 % aux États-unis, un problème auquel la BCE s’efforce de remédier depuis deux ans, en vain !
La troisième perte de substance de l’euro, la plus grave, se constate vis-à-vis des actifs financiers et immobiliers. Exemple, en janvier 1999, il fallait débourser 2 373 euros pour acquérir un mètre carré de logement ancien à Paris (prix médian de toutes les transactions selon les chiffres de l’insee et des notaires). Il faut aujourd’hui aligner 10 650 euros, les prix ayant été multipliés par 4,5. C’est dire que le pouvoir d’achat de l’euro sur le marché immobilier parisien a fondu de 73 % (dans l’ensemble de la France métropolitaine la culbute des prix de l’ancien a été de 2,9).
Le secteur de la pierre a sans doute ses spécificités, mais son envolée est sans rapport avec la vie économique réelle et les revenus des gens. L’explication principale de cette folie réside dans la politique monétaire européenne : quand une banque centrale fait tourner la planche à billets pour acheter des titres de dette des États, les placements à revenu fixe (taux d’intérêt) ne rapportent plus rien. Les particuliers comme les investisseurs professionnels se tournent alors vers les valeurs réelles, les actions des entreprises et l’immobilier dont les prix s’envolent comme au casino.
Le véritable étalon pour mesurer l’euro ce sont la Bourse et la pierre qui témoignent de son effondrement. Or plus que toute autre banque centrale, la BCE est soupçonnée d’être sous «dominance budgétaire », selon le jargon des économistes, autrement dit d’avoir pour souci prioritaire le financement des États. Fédérant 19 pays aux finances publiques fort disparates, elle se doit de se préoccuper des maillons faibles. Il y va de sa survie en tant qu’institution, un éclatement de l’euro ne pouvant être exclu a priori. Le véritable motif de la politique monétaire de la BCE n’est donc pas tant la stabilité des prix que sa propre existence. Il convient de se rappeler la formule du philosophe Spinoza : «chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être». Aristote et Spinoza méritent chacun leur billet. ■
Il fallait débourser 2 373 euros pour acquérir un mètre carré de logement ancien à Paris en 1999 (prix médian). Il en faut aujourd’hui 10 650, les prix ayant été multipliés par 4,5 [....] la suite pour les abonn
Tous droit réservé au journal.
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Ptilou
J’ai trouvé intéressant d’avoir quelqu’un qui partage mon analyse, qui n’ai pas aussi precise ...
L’euro, monnaie fondante, ne protège plus ni le consommateur ni l’épargnant
Son pouvoir d’achat a perdu 73 % depuis 1999 sur l’immobilier à Paris.
Le Figaro13 Dec 2021PAR jean-pierre ROBIN
Finis les ponts et les fenêtres anonymes, à l’avenir les billets en euros représenteront des personnages illustres et des monuments prestigieux du patrimoine européen. Du moins est-ce la proposition que vient de faire Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, soucieuse «de rendre les billets plus parlants » (sic).
Le choix ne sera pas facile tant l’europe regorge de musiciens, de peintres, d’écrivains et de savants de génie. Un nom devrait pourtant émerger en priorité, celui d’aristote. Non pas que le philosophe grec (384-322 avant J.-C.) soit supérieur aux autres grands esprits de l’occident. Mais il est prédestiné à figurer sur des billets de banque pour avoir été le premier au monde à expliciter les trois fonctions de la monnaie, laquelle sert à la fois d’unité de compte, d’intermédiaire dans les échanges et de réserve de valeur.
La BCE serait bien avisée d’inscrire sur ses coupures, et en grec ancien, l’une des citations d’aristote «économiste» : «La monnaie a été introduite pour jouer le rôle de mesure » (Éthique à Nicomaque). Les billets verts du dollar américain ne sont-ils pas truffés d’expressions latines, de Virgile notamment ? Il s’agirait en l’occurrence de revenir aux fondamentaux du traité de Maastricht qui a défini la mission originelle de la BCE avec ces simples mots : «La stabilité des prix», formule répétée ad nauseam et censée assurer la solidité de l’euro. Or on est aujourd’hui loin du compte tellement celui-ci est devenu une monnaie fondante comme du chocolat et ce sont les Européens, consommateurs ou épargnants, qui sont chocolat.
Il est facile de calculer précisément la perte de valeur de l’euro depuis son introduction au 1er janvier 1999. La dégringolade est telle que les trois fonctions décrites par Aristote il y a 2 350 ans, plus que jamais pertinentes, ne sont plus assumées. Les trois données suivantes le montrent à l’envi.
Décrochage par rapport au dollar américain tout d’abord. Depuis que les devises nationales ne sont plus rattachées à l’or ou à l’argent, le billet vert fait office de référence. À sa création, il y a près de vingttrois ans, l’euro cotait 1,18 dollar. Il n’en vaut aujourd’hui plus que 1,13. La parité des deux monnaies les plus importantes de la planète est particulièrement instable et, depuis dix ans, on assiste à une dépréciation quasi ininterrompue de l’euro, qui valait 1,42 dollar à l’arrivée de Mario Draghi à la présidence de la BCE en 2011. Conséquence mécanique de la politique monétaire «hyperlaxiste» menée depuis une décennie, la dévaluation de 20 % de l’euro renchérit d’autant le coût du pétrole en France notamment : les prix des carburants seraient aujourd’hui 10 % à 15 % moins élevés si l’euro avait maintenu sa parité de l’automne 2011.
Perte de valeur
En second lieu, la perte de valeur se mesure à travers la capacité de l’euro à acheter des biens et des services. Les prix à la consommation ont augmenté en moyenne de 34,5 % depuis 1999 dans l’hexagone. Cette dérive, peu ou prou la même dans toute la zone euro, n’est certes pas dramatique : la BCE respecte son contrat initial de « stabilité des prix», définie officiellement comme «un taux d’inflation de 2 % par an à moyen terme». D’autant que parallèlement les revenus salariaux ou autres ont évolué grosso modo au même rythme. Il y a pourtant un hic et même deux : tous les revenus ne sont pas indexés sur l’inflation et les indices de prix à la consommation ne prennent pas suffisamment en compte les loyers. Le poste logement ne pèse que 6 % dans les indices européens contre 25 % aux États-unis, un problème auquel la BCE s’efforce de remédier depuis deux ans, en vain !
La troisième perte de substance de l’euro, la plus grave, se constate vis-à-vis des actifs financiers et immobiliers. Exemple, en janvier 1999, il fallait débourser 2 373 euros pour acquérir un mètre carré de logement ancien à Paris (prix médian de toutes les transactions selon les chiffres de l’insee et des notaires). Il faut aujourd’hui aligner 10 650 euros, les prix ayant été multipliés par 4,5. C’est dire que le pouvoir d’achat de l’euro sur le marché immobilier parisien a fondu de 73 % (dans l’ensemble de la France métropolitaine la culbute des prix de l’ancien a été de 2,9).
Le secteur de la pierre a sans doute ses spécificités, mais son envolée est sans rapport avec la vie économique réelle et les revenus des gens. L’explication principale de cette folie réside dans la politique monétaire européenne : quand une banque centrale fait tourner la planche à billets pour acheter des titres de dette des États, les placements à revenu fixe (taux d’intérêt) ne rapportent plus rien. Les particuliers comme les investisseurs professionnels se tournent alors vers les valeurs réelles, les actions des entreprises et l’immobilier dont les prix s’envolent comme au casino.
Le véritable étalon pour mesurer l’euro ce sont la Bourse et la pierre qui témoignent de son effondrement. Or plus que toute autre banque centrale, la BCE est soupçonnée d’être sous «dominance budgétaire », selon le jargon des économistes, autrement dit d’avoir pour souci prioritaire le financement des États. Fédérant 19 pays aux finances publiques fort disparates, elle se doit de se préoccuper des maillons faibles. Il y va de sa survie en tant qu’institution, un éclatement de l’euro ne pouvant être exclu a priori. Le véritable motif de la politique monétaire de la BCE n’est donc pas tant la stabilité des prix que sa propre existence. Il convient de se rappeler la formule du philosophe Spinoza : «chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être». Aristote et Spinoza méritent chacun leur billet. ■
Il fallait débourser 2 373 euros pour acquérir un mètre carré de logement ancien à Paris en 1999 (prix médian). Il en faut aujourd’hui 10 650, les prix ayant été multipliés par 4,5 [....] la suite pour les abonn
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Ptilou